LI COPICHE ET L’COQ D'AWOUSSE
 

On coq d'awousse qu'aveut tchantè

Tot l'èstè

Si trouveûve avou rin

Pô passè lès mwais timps.

Tot bèrdèlant.tot baloujant

Là qu'i zoubèle au fin mitan

D'on tas d' copiches.

« Tins ! quéne surprîje

Do vos vèye avaur-ci ?

Dist-èle li maisse do nid.

— N'aurîz nin por mi saquants rèsses ?

Dji n'ai vraimint pus rin è m' dresse.

Quand ci n' sèreut qui dêus trwès-ous ;

Vo lès rauroz èt cor avou. »

Li copiche a dès quâlitès,

Mais n' lî d'mandoz rin à prustè !

« Qui fiyiz, dist-èle, durant l' campagne,
Tint qui l' solia lûjeûve à rlagne ?
— Oh ! dji tchanteus tote li djoûméye,
Dispôye au matin ch' qu'à l' vèspréye.
— Ah ! vos tchantîz ! L' vîye èsteut rôse !
Eh bin ! asteûre, suçoz vosse pôce ! »
 
Joseph HOUZIAUX, On d'mèye-cint d'fauves da La Fontin-ne, Imprimerie "Vers l'Avenir", 1946.
La fourmi et le criquet
 
Un criquet qui avait chanté
Tout l’été
Se trouva avec rien
Pour passer la mauvaise saison.
Tout bougonnant, tout étourdi,
Voilà qu’il saute au beau milieu
D’un nid de fourmis.
« Tiens ! quelle surprise
De vous voir par ici ?
Dit le maître [la reine] du nid.
— N”auriez-vous point pour moi quelques restes ?
Je n’ai vraiment plus rien dans mon armoire.
Quand ce ne serait que deux ou trois œufs ;
Vous les aurez en retour, et bien davantage »
La fourmi a des qualités,
Mais ne lui demandez rien à prêter !
« Que faisiez-vous durant la moisson
Alors que le soleil luisait à foison ?
— Oh ! je chantais toute la journée,
Depuis le matin jusques au soir.
— Ah ! vous chantiez ! La vie était rose !
Eh bien ! maintenant, sucez votre pouce ! »
 
Traduction proposée par Lucien J. Heldé, webmaster site lulucom.com
 

PETITS COMMENTAIRES SUR CETTE FABLE :

1. Pas de cigales dans cette vallée de la Lesse chère à l'auteur, ni autre part en Wallonie d'ailleurs. Fait bien trop frisquet ! La fable met donc en scène l'insecte chanteur local, le coq d'awousse (littéralement "coq d'août"), c'est-à-dire la sauterelle ou le criquet (mes connaissances entomologiques limitées ne me permettent pas de connaître précisément la différence entre les deux bestioles).

2. Amusant, ce coq d'awousse qui s'en va baloujant ! En wallon, la balouge, c'est le hanneton, et balouger, c'est laisser sa pensée vagabonder ça et là, à la manière du vol erratique de cet insecte. Autant dire qu'un criquet qui balouge doit vraiment être au bout du rouleau !

 

À titre de comparaison, le texte de LA FONTAINE :

LA CIGALE ET LA FOURMI

La cigale , ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août , foi d'animal,
Intérêt et principal .»
La fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant. »

LA FONTAINE, Fables, LIvre 1, 1