Li vikérîye d'on Gamin d' Céles
 
Avant-propos
Avant-propos (suite 1)
Remerciements
Préface

Chap. I

Chap. II
Chap. III
Chap. IV
Chap. V
Chap. VI
Chap. VII
Chap. VIII
Chap. IX
Chap. X
Chap. XI
Chap. XII
Chap. XIII
Chap. XIV
Chap. XV
Chap. XVI
Chap. XVII
Chap. XVIII
Chap. XIX
Chap. XX
Chap. XXI
Chap. XXII
Chap. XXIII
Chap. XXIV
Chap. XXV
Chap. XXVI
Chap. XXVII
Chap. XXVIII
Chap. XXIX
Chap. XXX
Chap. XXXI
Chap. XXXII
Chap. XXXIII
Chap. XXXIV
Chap. XXXV
Chap. XXXVI
Chap. XXXVII
Chap. XXXVIII
Chap. XXXIX
Chap. XL
Chap. XLI

Avant-propos
par Mutien-Omer HOUZIAUX
(suite 1)

Orthographe et phonétique

Li Vicaîrîye d’on Gamin d’ Cêles a d’abord paru, chapitre par chapitre dans la rubrique « Chîjes èt Pasquéyes » du quotidien namurois Vers l’Avenir (1952-1964). Le texte ici présenté est celui qui constitue le livre sorti en 1964 des presses de l’Imprimerie L. Bourdeaux-Capelle. Le dialecte étant essentiellement un langage parlé, sa transcription ne répond pas à des règles orthographiques aussi nettement fixées que pour une langue de grande diffusion. Dans le cas présent, il a néanmoins fallu, sous cet angle, réviser sensiblement l’original, de façon à le mettre davantage en conformité avec le « code » généralement adopté de nos jours, à savoir ce qu’il est convenu d’appeler l’ « orthographe Feller ». Toutefois, quelques libertés ont été prises avec cette dernière lorsque, notamment par analogie avec le français, certaines graphies ont semblé de nature à accroître la lisibilité du texte.

Il eût été sans intérêt de signaler tout au long du texte les leçons qui ont été revues. Donnons tout de même quelques indications sur les options prises en matière d’orthographe.

Le phonème [k] est transcrit, selon l’analogie avec le français, qu, c ou k.

Les consonnes finales muettes sont, pour la même raison, « maintenues » (timps, kitwad,
més, avoz, nèz
: fr. temps, tord, mais, avez, nez, etc.)

Le phonème [z] est noté s si cette lettre est intervocalique (wasu, wèsîre : fr. oser, osier, etc.), mais si le mot français correspondant s’écrit avec z, on a noté z en wallon (doze, dozin.ne, trêze, quatôze, wazon : fr. douze, douzaine, treize, quatorze, gazon, etc.) ; pour dizeû(s), dizos (fr. [au-]dessus [de], [au-](des)sous [de]), on a opté pour la lettre z (en raison de l’élision de la voyelle d’appui de d’zeû, d’zos). Le même phonème est également transcrit z lorsqu’il sert à éviter l’hiatus : po-z-awè (pour avoir), on-z-èst (on est), etc.

Le phonème [h] (dit h aspiré) n’existe pas en wallon de Celles (ni, plus généralement, dans le dialecte namurois). Toutefois, un traitement graphique particulier doit, dans certains cas, être réservé à des mots comme aye « haie », ote « hotte », outche « huche », awe « houe », amia « hameau », etc., qui correspondent à des mots français commençant par h aspiré et que, par analogie, J. Houziaux écrivait généralement avec h. Si ces mots sont employés en fonction de sujet ou d’objet direct, le déterminant qui les précède n’est pas élidé ou suivi par « -t- » (comme dans si-t-ome) ou par un trait d’union : li aye (et non l’aye), si ote (et non si-t-ote), lès outches (et non lès-outches), etc. La présence, à l’initiale de ces mots, d’un obstacle à la liaison se marque également avec l’article indéfini, masculin (on amia et non, avec dénasalisation de on, on-amia), mais aussi féminin : one aye se dit avec une courte pause après l’article et une attaque nette de l’a (on n’entend pas [ònay], mais [òn | ay]. Si les mots du type cité sont précédés d’une préposition ou d’une conjonction de coordination, cette espèce de [h] « fantôme », tout en permettant l’élision de l’article défini ou du pronom régime (li : fr. le, la) ou de l’adjectif possessif (mi, ti, si : fr. mon, ton, son, ma, ta, sa), interdit toutefois la liaison pure et simple avec le mot qui précède : après l’apostrophe marquant l’élision, il y a comme un bref temps d’arrêt et une attaque plus dure de la voyelle initiale du mot suivant. Puisque ce phénomène ne peut, en orthographe Feller, se noter par la lettre h (ni par la minute, ´, utilisée dans Le Robert pour indiquer un h aspiré), et pour en marquer tout de même la présence, le h « interdit » a été remplacé par un blanc après l’apostrophe : è l’_aye, avou s’_ote, poûji è l’_oudje, dès côps d’_awe ; de même, opposera-t-on po l’awè [pò lawè] « pour l’avoir » à po l’_awè [pòl | awè] « pour le houer », et l’on écrira : èle satcheut foû di s’ banc li maleureûs èpistifèrè èt l’_èrtcheut môgré li […] (elle extirpait de son banc le malheureux pestiféré et le traînait malgré lui) ; èle vineut do l’_ukè (elle venait de le héler).

Le trait d’union. En orthographe wallonne, le trait d’union prend deux significations distinctes : ou bien il a une valeur phonétique de liaison, ou bien il relève de la syntaxe. Mise en relation avec l’opposition, en français, saint / Saint- , cette bivalence m’a semblé devoir se traduire, en wallon, par une distinction graphique. Par exemple, si l’on désigne une statue représentant saint Éloi, on écrira, en français, un saint Éloi ; en wallon, cela deviendra on sint-Élwè : sint est écrit avec une minuscule parce qu’il est un nom commun désignant une statue (ou une image) (1), mais sint est suivi d’un trait d’union (obligatoire) pour marquer la liaison du t avec la voyelle initiale É. Un cas tout à fait particulier est celui de l’opposition sint Ôlin / Sint- Ôlin, à quoi correspondent, respectivement, le français saint Hadelin (désignant le saint, son image ou sa statue) et Saint-Hadelin (donnant la dénomination d’une église consacrée au saint fondateur de Celles, d’une fontaine ou d’une rue portant son nom, ou désignant le jour de sa fête) ; dans Sint- Ôlin, l’espace précédant Ô indique que le trait d’union, présent par analogie avec l’orthographe grammaticale française, n’est pas un signe de liaison phonétique.

L’accent circonflexe a généralement une double fonction : il modifie le timbre de la voyelle (ô =[ó]/ o =[ò], è = [è]/ ê = ) et en accroît la durée. Cependant, parfois, seul le timbre est affecté ; on citera seulement ici le participe passé yeû (fr. : eu), d’occurrence très fréquente : à Celles, dans yeû, le digramme [Ø] (eu fermé comme dans le fr. peu) est bref, mais il est long dans fleûr... Notons ici que, pour désigner une religieuse par son titre de sœur, on a adopté la graphie sœûr (et non seûr), par analogie avec le français ; au terme français sœur désignant la parenté correspond, en wallon namurois, le vocable soû (à Celles : soûw). La transcription du participe passé d’awè (avoir), constante chez Joseph Houziaux (qui écrit toujours yeû ), invite à une brève remarque sur la question générale de l’écriture du wallon. L’orthographe Feller, on le sait, ne permet qu’une représentation approximative du dialecte parlé. Mais, comme l’ont montré les linguistes, outre que la notation phonétique et l’ouïe des enquêteurs elles-mêmes ont leurs limites en matière de précision, le même patois parlé en une localité donnée peut, chez des autochtones de vieille souche, varier d’une personne à l’autre, voire, chez un même locuteur, d’un moment à l’autre. Dans mon Enquête, j’avais noté pour le fr. eu : D72 (Celles) iu [yu]. L’enquête menée personnellement par Haust en 1936, au même point D72, note : [ yù] (u ouvert) ET [yœ] (avec les signes diacritiques ´ et ) ; au point D73 (Custinne, contigu à D72), Haust relève [yœ] (avec le signe diacritique ¯ et sans précision quant à l’aperture) . Ces deux notations, commente L. Remacle, ont été réunies « sous le même chef » ; « le œ fermé bref final peut être la var. habituelle de ù, mais il peut être aussi une variante de œ fermé long, avec lequel [en d’autres points de l’ALW] il voisine et même coexiste (ALW, II, p. 229 et carte 83). » Un coup d’œil sur le trapèze vocalique montre que les points d’articulation du [ù] (u ouvert) est fort proche de celui du [œ] (avec le signe diacritique ´ ; eu fermé). De la même manière, une lecture attentive de la Vikérîye (et d’autres oeuvres dialectales de J. Houziaux) révèle, çà et là, des « fluctuations » phonétiques (par exemple, èou-ce et èoû-ce) ; il a paru sage d’opter pour une certaine constance orthographique (sans d’ailleurs espérer avoir pleinement atteint cet objectif). – Voir aussi l’hésitation entre +èle et +èlle, pronom personnel sujet devant un verbe commençant par une voyelle (ALW, II, notice et carte 32 et p. 103b).

En wallon, la graphie du prénom Joseph est, par la volonté même de l’auteur, tantôt Josèf, tantôt Djôsèf. Quand il s’agit de lui-même, de la soeur Joseph (son institutrice à l’école gardienne) ou de saint Joseph, l’auteur écrit toujours Josèf : « cela, me confiait-il, sonne plus français et moins campagnard que Djôsèf », forme qu’il adopte pour tous les autres « Joseph » cités. En France, m’assure-t-on, l’usage hésite entre le [ò] (ouvert) et le [ó] (fermé) ; toutefois, Léon WARNANT (Dictionnaire de la prononciation française dans sa norme actuelle, Paris-Gembloux, Duculot, 1987, p. 818) indique un [ó] (o fermé) pour Joseph, comme pour tous les (pré)noms commençant par Jo suivi d’un s intervocalique: Josabeth, […], Joséph(ine), […], Josias.

Suite…

NOTE :

(1) Cf. J. HANSE et M. BLAMPAIN, Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, 4e éd., De Boeck; Duculot, 2000, v° SAINT, p. 516. - Retour texte