Li vikérîye d'on Gamin d' Céles
 
Avant-propos
Remerciements
Préface

Chap. I

Chap. II
Chap. III
Chap. IV
Chap. V
Chap. VI
Chap. VII
Chap. VIII
Chap. IX
Chap. X
Chap. XI
Chap. XII
Chap. XIII
Chap. XIV
Chap. XV
Chap. XVI
Chap. XVII
Chap. XVIII
Chap. XIX
Chap. XX
Chap. XXI
Chap. XXII
Chap. XXIII
Chap. XXIV
Chap. XXV
Chap. XXVI
Chap. XXVII
Chap. XXVIII
Chap. XXIX
Chap. XXX
Chap. XXXI
Chap. XXXII
Chap. XXXIII
Chap. XXXIV
Chap. XXXV
Chap. XXXVI
Chap. XXXVII
Chap. XXXVIII
Chap. XXXIX
Chap. XL
Chap. XLI

Préface

Celles-lez-Dinant, dont M. Joseph Houziaux nous parle avec tant de ferveur, est, assurément, une des plus pittoresques localités de la province de Namur. Et quel prestigieux passé que le sien ! Le terroir d’entre Meuse et Lesse, où s’élève le village, se révèle comme particulièrement privilégié au point de vue historique. En effet, dans les limites mêmes de l’ancien domaine de Celles, on rencontre des témoins de tous les âges, qui permettent d’évoquer les diverses périodes de l’histoire, sans solution de continuité. Le massif rocheux de Furfooz passe, à juste titre, pour un des sites archéologiques les plus célèbres de la Belgique. Il fut occupé pendant des millénaires. Les nombreuses grottes qui s’ouvrent dans ses flancs ont servi d’habitat à l’époque paléolithique, de nécropoles à l’époque néolithique, le sommet devint un oppidum gallo-romain, doté vers le IIe siècle de thermes, c’est-à-dire d’un établissement de bain, puis ce fut un poste permanent de Lètes (auxiliaires barbares au service de Rome sous le Bas-Empire). Aux temps mérovingiens, c’est l’arrivée de saint Hadelin qui fonde une cella, qui deviendra un monastère, puis une collégiale. Cette maison religieuse sera dotée de riches privilèges, dont celui de battre monnaie. Son apogée se situe au XIe siècle. Alors sera construite la splendide église actuelle, un des plus émouvants édifices romans de la Belgique. Les avoués de Celles, qui parviennent à se transformer en seigneurs, se construisent une puissante demeure fortifiée : c’est l’actuel château de Vêves, le type du château-fort de hauteur le mieux conservé du Namurois. Puis, au XVIIe siècle, c’est l’humble hameau de Foy, qui devient Foy-Notre-Dame, le point de départ d’un culte marial qui a essaimé jusqu’au Paraguay et au Canada Français. L’époque contemporaine ne sera pas sans prestige. La « City of Celles », où est venue mourir l’offensive von Rundstedt, a eu les honneurs d’un communiqué américain.

Et voici qu’aujourd’hui, un enfant de cette contrée privilégiée nous en fait connaître d’autres aspects qui ne sont pas moins attachants. Il s’agit de la petite histoire et moi, qui suis un vieil archiviste, je proclame bien haut la nécessité de la petite histoire : elle nous fait tellement mieux saisir la grande tout court ! Rien de tel que l’évocation de la vie de gens simples, de la vie ordinaire, celle de tous les jours, pour percevoir l’atmosphère vraie d’une époque.

Li Vicaîrîye d’on Gamin d’ Cêles est une autobiographie, à peine romancée, relatant l’enfance et la jeunesse d’un petit garçon qui a vécu une période captivante, laquelle, dans l’Histoire contemporaine, avec le recul que nous avons déjà, apparaît comme un tournant décisif. Le gamin en question, né à peu près avec le siècle (le 13 mars 1901), a connu par lui-même, par ses parents, ses grands-parents, la période antérieure à 1914, une sorte d’ « Ancien Régime » pour la génération actuelle, puis la période de la première guerre mondiale (1914-1918) et le récit s’arrête aux premières années de l’Entre-deux-guerres.

Combien le petit Joseph Houziaux fut imprégné de l’esprit de son terroir ! Sa famille est autochtone ; pendant trois siècles elle a habité Foy-Notre-Dame. Il a appris le wallon sur les genoux de sa mère et longtemps l’a parlé avec tous, sauf à l’école et à l’église. Famille de maréchaux-ferrants – profession alors très cotée à la campagne et mêlée de très près à la vie rurale – famille où l’on avait des goûts artistiques, notamment pour la musique ; on y était organiste par tradition. Il fut le petit-fils choyé d’un grand-père, « Pârin Marchau », qui, pendant 57 ans, a exercé les fonctions d’organiste dans l’église de Celles. Bien que passionné pour l’étude, l’enfant a goûté intensément les joies d’une enfance et d’une jeunesse paysannes.

Tous les vifs souvenirs qu’il en a conservés – souvent des anecdotes toutes simples – nous sont contés d’une façon charmante et dans le cadre, l’atmosphère d’un village où s’étaient maintenues, fort vivaces, les traditions d’autrefois. En racontant ses jeunes années, l’auteur évoque constamment les us et coutumes du lieu et du temps. Le village vit avec lui. On me pardonnera ma déformation d’archiviste mais, tout en appréciant la valeur littéraire de cette autobiographie, je songe aussi à sa valeur documentaire. Que de renseignements intéressants, curieux, que de traits, de détails typiques, pittoresques, savoureux, les historiens et les folkloristes y trouveront à glaner ! Et les souvenirs du narrateur remontent parfois assez haut (par ex., au chap. XIII, une messe de minuit en 1873). Ce livre est un témoignage.

Joseph Houziaux a le culte de son village. Il lui est resté pieusement fidèle. Les nécessités d’une carrière de professeur, puis d’inspecteur, l’ont fixé en d’autres lieux. N’empêche ! il cherche à se retremper dans le milieu natal à chaque occasion, lors de ses congés, de ses vacances. « Nos Vîyès Pîres », cette plaisante habitation, où il aime à séjourner, n’est autre que la maison paternelle, aménagée dans le style du pays.

Valeur aussi de l’ouvrage au point de vue philologique. Lorsque des auteurs viennent du français au dialecte, on ne manque pas de le percevoir pour des questions de vocabulaire, de syntaxe. Ici, on est frappé de la pureté, de la richesse de la langue, combien elle est maniée avec une aisance parfaite, combien elle coule de source. Le wallon a été la langue maternelle de Joseph Houziaux, il l’a parlé avant le français ; aussi, quand il écrit en wallon, pense-t-il en wallon. Il possède à fond les richesses du parler local.

Remarquons que les autres œuvres dialectales de l’auteur se recommandent par les mêmes qualités et c’est à juste titre que plusieurs d’entre elles ont obtenu de hautes distinctions.

Joseph Houziaux a prêché d’exemple. Un de ses fils, Mutien-Omer, pour l’obtention du grade de licencié en philosophie et lettres, section romane, a présenté à l’Université de Liège un mémoire intitulé : « Enquête dialectale à Celles-lez-Dinant ». À n’en pas douter, il a profité de l’expérience et des vastes connaissances de son père. Vu ses mérites, ce mémoire a été publié. (Liège, 1959, in-8, 186 pp., cartes. Commission royale de Toponymie et de Dialectologie).

Le cas de Joseph Houziaux est bien intéressant. Parti du wallon, il est parvenu à une connaissance approfondie du français au point de vue pédagogique. C’est un praticien en la matière, ainsi qu’en témoigne sa carrière de professeur de français (1922-1951), d’inspecteur de l’enseignement du français dans toutes les écoles moyennes de Wallonie (depuis 1951). Je tiens à rappeler que les manuels dont il est l’auteur : « Précis méthodique de grammaire française » et « Exercices français » ont été couronnés par l’Académie Royale de Belgique. Ces deux ouvrages classiques se sont vu décerner le Prix Joseph De Keyn, destiné à récompenser les meilleurs ouvrages d’enseignement. C’est un prix très estimé, fort difficile à obtenir en raison de compétitions multiples.

Joseph Houziaux peut passer pour un exemple vivant. Partisan convaincu de l’utilisation du wallon pour l’enseignement du français, notamment dans les milieux ruraux, il en a fait, lui-même, l’expérience, ce qui lui a permis d’écrire sur le sujet des pages fort suggestives (1). C’est à bon droit qu’on le considère comme un spécialiste du mouvement « Le wallon à l’École ».

Combien il a raison ! Le wallon, idiome roman, est d’aussi bonne souche latine que le français. Sa connaissance constitue, non seulement un enrichissement de notre « romanité » mais, utilisée à bon escient, elle peut rendre les plus grands services pour la compréhension du français lui-même. Le vocable français s’éclaire toujours quand on fait appel au wallon.

En conclusion, Li Vicaîrîye d’on Gamin d’ Cêles est une oeuvre bien composée, pleine de saveur, très agréable à lire et dont le folkloriste, le linguiste, voire l’historien, ne manqueront pas d’apprécier les mérites.

L’ouvrage a droit aux plus grands éloges.

Ajoutons que, pour les lecteurs d’âge mûr, qui ont vécu à la campagne, il évoquera bien des souvenirs de leur propre enfance, de leur propre jeunesse. Il sera un livre émouvant.

 
Félix ROUSSEAU
Membre de l’Académie royale de Belgique.
Président d’honneur des Rèlîs Namurwès.
Suite : Chap. 1…

NOTE :

(1) La contribution du dialecte à l’enseignement du français en Wallonie, dans la revue Droit et Liberté, N° 5, septembre 1950, 10 pp. sur 2 col. - Retour texte