Sainte-Fortunade
 

Vers 235, l'empereur romain Maximin le Thrace inventa le Lotto. Les gains étaient considérables, le citoyen qui avait coché les six numéros exacts pouvait empocher jusqu'à cinquante millions de sesterces.

Sainte Fortunade, vierge chrétienne, fit le raisonnement suivant : "Bien sûr Notre Seigneur Jésus-Christ interdit les jeux de hasard, mais si j'avais cinquante millions, je pourrais les donner aux petits pauvres, acheter une nouvelle soutane à Monsieur le Curé ou un nouveau cilice pour moi, le mien tombe en loque. Bref, je ferais beaucoup de bien autour de moi… Je vais dire une petite prière à sainte Rita, qui n'a rien à me refuser, et… à moi le pognon !".
De fait, elle pria, joua et récolta le gros lot.

Malheureusement, elle allait se vanter partout que c'est uniquement grâce à Rita qu'elle avait remporté le pactole.

Inquiet de ces rumeurs, le pouvoir impérial prescrit une enquête afin de voir s'il n'y avait pas eu malversation ou fraude.
Une certaine Rita, vendeuse de billets de loterie, fut vite mise hors de cause. Après trente heures de torture, avant de mourir, elle clamait toujours son innocence. Le corps pantelant la bouche ensanglantée, elle divaguait, n'émettant plus que des mots incompréhensibles.
Cependant, après vérification, il apparut qu'elle vendait toutes sortes de "jeux à gratter" tels que de Presto, Subito, Magico, Keno et autres attrape-nigauds créés par le fisc impérial pour renflouer ses caisses désespérément vides, mais qu'elle n'avait jamais obtenu, à son grand regret d'ailleurs, l'autorisation de vendre des billets de Lotto.
La justice romaine en fut quitte pour présenter des excuses à son mari endeuillé et continua son enquête.

Il fallut les confidences de quelque chrétien renégat pour découvrir que Fortunade n'avait gagné qu'avec l'aide d'une sainte martyrisée quelques années plus tôt.

La loi romaine était claire à ce sujet :

  • L'invocation des défunts était interdite, quel qu'en fut motif. Ce délit était assimilé à la nécromancie, à la magie noire et à la sorcellerie et puni de mort.
  • Le Lotto était considéré comme un sport intellectuel. Or, l'usage de produits dopants était interdit au stade. On pouvait donc assimiler la prière de Fortunade à du dopage caractérisé et ce délit, lui aussi, était sanctionné par la peine capitale.
  • Le règlement du Lotto (dont Fortunade n'avait pas pris connaissance) spécifiait clairement que, sous peine de mort, ce jeu était interdit aux Chrétiens. En effet, il était inconcevable que l'argent impérial aboutisse dans le trésor d'une secte terroriste aussi pernicieuse.

Méritant trois fois la mort, Fortunade connut une fin atroce.

Dans l'amphithéâtre, la sainte fut découpée en quarante-deux morceaux qui furent mis dans un tonneau et, pour amuser la populace, on organisa un Lotto macabre.
C'est le possesseur du billet mentionnant "Un bout de sein, le troisième orteil, le majeur, le nez, un œil et la rate" qui remporta le gros : un saucisson d'Ardenne.

fortunade porte son lotto sous l'oeil de sainte rita

La tête mutilée de Fortunade fut récupérée par un fidèle craignant Dieu. Cette précieuse relique, enfermée dans un magnifique reliquaire d'or massif en forme de boule de lotto, peut encore être vénérée dans l'église du village qui porte le nom de la sainte martyre.